Comment établir la communication avec votre ex-conjoint pendant le divorce?

 

 

EasyDivorce: Quel est le plus gros problème des couples qui sont prêts à divorcer, que vous avez pu constater durant les années de votre travail?

 

Jean-Curt Keller: Comme philosophe, je m'intéresse à la philosophie du langage, à la pragmatique, à ce qui se passe dans l'interaction, la communication humaine. Je dirais qu'il y a de nombreuses sources de problèmes. Ne pas être prêt à divorcer est une source importante, avec les tiraillements que cela entraîne, le mal-être ou la souffrance. Apès, lorsque la décision est prise, il y a souvent la culpabilité: qui a la responsabilité de la perte de la relation dans laquelle on a pu se trouver si heureux. Il y a le mal que l'on peut penser de l'autre: on a souvent besoin, pour faciliter le deuil de la relation ou se décupalbiliser, de se dire que l'autre n'est pas une bonne personne. Cela peut se traduire par la recherche de compensations: qui va garder le chat, la maison, les enfants, etc. Ce problème prend des proportions variables selon les couples et les caractères des personnes qui le composent.

 

ED: Comment peut-on communiquer avec l'ex-partenaire malgré les incompréhensions et quelles sont les tendances de communicatio et les principaux obstacles au dialogue entre les partenaires pendant et après le divorce?

 

JCK: Les obstacles au dialogue après la séparation sont la reproduction des modes de communication inadéquats, parfois toxiques, qui étaient en usage dans le couple avant celle-ci. Pour les contourner, il faut adopter de nouvelles règles. Cela nécessite le plus souvent l'intervention d'un médiateur, d'un modérateur proposant de nouvelles formes de communication: comment se dire les choses efficacement.

 

ED: Est-ce que c'est vrai que très souvent on écoute pour répondre et pas pour comprendre ce que notre partenaire dit? Si oui, comment peut-on changer cette habitude?

 

JCK: C'est hélas très courant. C'est la mésentente: mal entendre. Pour changer, il faut apprendre à reformuler: - C'est bien ceci que tu me dis, ai-je bien compris? - Non, c'est cela que je veux dire. - Ah, c'est cela que tu veux dire? - Oui, c'est cela. - OK. C'est très simple à faire, mais cela demane prfois de l'entraînement.

 

ED: Est-ce qu'il faut d'abord comprendre ce qu'on ressent nous-mêmes et pourquoi on le ressent  pour mieux communiquer avec les enfants pendant et après le divorce?

 

JCK: Je ne le crois pas. Il faut apprendre à écouter l'autre. Cet apprentissage se révèle utile à la connaissance de soi.

 

ED: Comment ne pas voir l'ennemi dans l'ex-partenaire et retrouver le sentiment de gratitude pour les bons moments que nous avons passé ensemble et est-ce que c'est possible en soi?

 

JCK: C'est possible pour certaines personnes. C'est rare. Quels inconvéniants peut-il y avoir pour une personne à se dire cela? Peut-être la souffrance: si c'était si bien, pourquoi suis-je parti?

 

ED: Parfois, nous sommes obligés de continuer le dialogue après le divorce (par exemple quand il y a des enfants en commun). Quelle serait la meilleure manière de procéder et quels obstacles on risque de rencontrer?

 

JCK: Se concentrer sur le but recherché: pour les enfants, leur intérêt, ce qui sera bon pour eux. Apprendre à communiquer.

 

ED: Est-ce qu'il y a des façons pour se préparer moralement pour le divorce?

 

JCK: Se concentrer sur son but et savoir que l'on va souffrir, un eu ou davantage.

 

ED: Il y a beacoup de couples qui ne divorcent pas, bien qu'ils soient malheureux ensemble. Est-ce que vous pensez que c'est raisonnable ou peut-être vaut-il mieux quitter l'autre et tenter de trouver le bonheur ailleurs?

 

JCK: Il s'agit d'une décision personnelle. Même si on me dit que la personne serait plus heureuse seule, je n'influence jamais les choix. J'aide à la personne à peser le pour et le contre, mais je ne me prononce pas.

 

ED: On dit que les femmes ont plus du mal à vivre le divorce que les hommes. A quel point est-ce vrai?

 

JCK: Je ne pense pas que ce soit vrai. Les femmes m'ont souvent semblé plus fortes que les hommes. Mais je n'ai pas de statistiques sur ce point.

 

ED: Comment peut-on se reconstruire moralement après le divorce, comment gérer le bagage émotionnel qu'on a malheureusement acquis?

 

JCK: En investissant ailleurs, dans son métier, une autre activité, d'autres rencontres, un autre amour, si possible. C'est un processus classique de deuil. Si ce deuil se fait mal, on peut se faire aider.

 

ED: Et pour finir, d'après vous, quel est le secret pour retrouver le bonheur et la paix intérieure après le divorce?

 

JCK: Il n'y a pas de secret. Le bonheur après le divorce, c'est le bonheur dans sa vie. Or, il y a dans la sagesse antique tout ce qu'il faut pour se sentir heureux dans sa vie. Voir Epicure, les Stoïciens, Tchouang-tseu, Confucius, Boudha, etc. La philosophie, pour les Anciens, était une manière de vivre.

"Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais ce que nous nous en disons".

"La solution du problème que tu rencontres dans ta vie, c'est une manière de vivre qui fasse disparaître le problème". 

Tout cela se sait. Il faut devenir capable d'appliquer quelques principes de vie. On peut s'y faire aider.

 

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